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Posté le 30/08/2018 à 11:42 par Philippe Schwoerer - Lu 2850 fois - 15 commentaires


Le départ du gouvernement de Nicolas Hulot et les voitures électriques


Qui a cerné la personnalité de Nicolas Hulot, ministre démissionnaire de la Transition énergétique et solidaire, a compris que son départ du gouvernement, annoncé par lui-même sur France Inter mardi 28 août 2018, était inéluctable. Même si on peut créditer son action d’avancées majeures. Le retrait de celui qui roule en voiture électrique avant même d’être nommé par le président de la République changera-t-il quelque chose à la feuille de route prévue pour la mobilité d’ici à 2040 ? Billet.

Pas d’étonnement à Saint-Lunaire

A Saint-Lunaire (35) où il réside, près de Saint-Malo et Dinard, Nicolas Hulot n’a pas surpris les habitants. Là, il est connu et estimé pour sa nature profonde. La nouvelle de sa démission du gouvernement a été accueillie sans véritable surprise, mais avec une parfaite bienveillance. Les Lunairiens savent que c’est un homme réfléchi, qui n’agit et ne se prononce pas à la légère, capable de s’investir là où il se sent pouvoir être utile pour l’avenir de la planète et de l’humanité, mais qui reprendra sa liberté de parole s’il pense que les résultats de ses efforts ne sont pas à la hauteur de ses attentes. Résidant à moins de 20 kilomètres de là, je vous assure que tout cela est bien palpable.

Témoignages de soutien

Palpable au point que Ouest-France a consacré hier, mercredi 29 août 2018, un petit article à ceux dont je partage le respect : « On le laisse tranquille, on ne va pas l’embêter ». En tout cas lorsqu’on croise Nicolas Hulot simplement dans cette station balnéaire. Pour lui parler, ce n’est pas vraiment compliqué : il suffit d’assister à l’une ou l’autre des conférences qu’il donne de temps en temps par ici. Le maire de la commune, Michel Penhouët, lui a immédiatement envoyé un SMS lorsqu’il a appris la démission de celui qui est pour lui un concitoyen. « Je l’ai félicité pour le travail accompli », témoigne-t-il à un journaliste du quotidien. D’autres habitants de Saint-Lunaire lâchent : « C’est un message pour marquer les esprits sur l’urgence d’agir » ; « Je suis étonné qu’il soit resté si longtemps au gouvernement » ; « C’est normal de partir quand on n’est pas écouté » ; « Les coups bas et l’hypocrisie, ce n’est pas son genre » ; « Honnête, indépendant, fidèle à ses idées » ; « Il aura quand même essayé ».

Le fameux glyphosate

En Bretagne, Nicolas Hulot n’a pourtant pas que des amis. « Ce que je lui reproche, c’est de nous empêcher de brûler nos déchets verts », me lance un agriculture à la retraite qui revient de son jardin où il vient de passer le fameux produit désherbant contenant du glyphosate. Son épouse le contredit aussitôt : « Mais non, il n’y est pour rien, ça fait des dizaines d’années que c’est interdit, bien avant qu’il se lance dans la politique ! ». L’ancien ministre a véritablement fait bouger les choses au niveau européen concernant le glyphosate. Mais pour lui qui recueille bien des témoignages sur le sujet, quelques années encore de tolérance, c’est trop, c’est impensable ! Et personnellement, je le comprends. Coincé de toute part entre des terres agricoles dont un immense verger de pommiers, le tout dans les mains d’exploitants pas toujours très scrupuleux, mon lieu d’habitation a connu il y a quelques mois une épisode inquiétant, lorsque l’un d’eux a eu la main lourde sur les produits phytosanitaires, pensant sans doute qu’ils seraient bientôt interdits. Résultat : 10 jours sans pouvoir ouvrir les fenêtres ni étendre le linge ! Ce type de situations, Nicolas Hulot connaît très bien. C’est pour cela qu’il ne lâche pas l’affaire. Ce dossier n’est pas pour lui un problème de salon !

Véhicules électriques

Jean-Louis Borloo et sa Cleanova II, Ségolène Royal et sa Mia : Nicolas Hulot n’est pas le premier personnage politique à rouler en voiture électrique. Mais c’est sans doute le seul qui a commencé à le faire de façon personnelle, loin des caméras. Depuis quand ? Qui sait ? Dans les premières années du XXIe siècle, il disposait déjà de 2 Renault Kangoo Electri’Cité, dont l’un utilisé pour les besoins de son école pour la nature et l’homme, implantée à Branféré (56) dans le cadre d’un parc animalier et botanique. Si la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique n’avait pas révélé qu’aujourd’hui Nicolas Hulot possède pour ses déplacements privés en Bretagne une BMW i3 et un scooter électrique BMW C Evolution, le saurions-nous ? Pas forcément, car cet homme de conviction ne s’affiche pas avec ces engins pour en faire des supports de communication. « La réalité, c’est que je roule en électrique 95% de mon temps », avait-il dû tout de même lâcher en décembre 2017 pour justifier de posséder 9 véhicules à moteur dont certains ne sont pas utilisés par lui-même, ou très peu.

Utilisateur sans être militant

Nicolas Hulot est donc un grand utilisateur des véhicules électriques, par conviction. Pour autant, il n’a pas profité de son statut pour en faire la promotion, bien conscient que derrière ces engins il y a aussi des problèmes environnementaux et de dignité humaine à régler. Le ministre démissionnaire a-t-il choisi une Bolloré Bluecar ou une Citroën E-Méhari qui aurait encouragé l’industrie de sa région ? Non ! On ne l’imagine pas vraiment copiner avec Vincent Bolloré ! En outre, en pionnier et utilisateur quotidien des véhicules électriques, Nicolas Hulot sait bien qu’il n’y a, au niveau de la sobriété énergétique, pas pire VE que ces modèles à laisser brancher sur le secteur quand on ne les utilise pas. Pourquoi pas la Renault Zoé ? Il faudrait lui poser la question ! La disparition du service volant qui assurait l’entretien de ses anciens Kangoo en serait-il la cause ? La mise en garde adressée en 2017 au Losange par Amnesty international au sujet de l’absence de garantie sur la provenance du cobalt qui entre dans la composition des batteries de traction serait-elle la raison ? A noter que l’ONG a salué positivement l’effort fait par BMW à ce niveau. Ajoutons à cela l’usage de matériaux recyclés pour la fabrication de la BMW i3 dans une usine alimentée par des énergies renouvelables, et l’on trouve très certainement les arguments qui expliquent les choix de Nicolas Hulot pour ses engins électriques.

2040

« Nous annonçons la fin de la vente des voitures à essence et diesel d’ici 2040 », a déclaré Nicolas Hulot il y a 1 an en présentant son plan climat. Son départ du gouvernement remet-il en cause la feuille de route de la France vers une mobilité durable ? Non, bien sûr ! Elle est le résultat de contraintes imposées par l’Europe et de travaux initiés par ses prédécesseurs qu’il a affinés et qui devront être développés avec ses successeurs. Ce qui fera évoluer des solutions plutôt que d’autres, ce seront en particulier les progrès technologiques réalisés au service de l’environnement et de la santé publique dans ce domaine. La mobilité électrique conserve donc toutes ses chances pour un rôle majeur et pérenne… à condition de gommer progressivement les moins qui peuvent encore ternir son image aujourd’hui.


Mots clés : Nicolas Hulot | gouvernement | démission | électriques | voitures | véhicules | mobilité | durable
Catégories : Voiture électrique | Pollution & qualité de l'air |

Commentaires

Posté le 30-08-2018 à 14:20:43 par Eric

https://www.usinenouvelle.com/article/premiere-centrale-solaire-pour-psa-sochaux.N138520
Depuis 2010, des ombrières photovoltaïques équipent le parking de l’usine Peugeot de Sochaux.
C’est banal d’alimenter une usine en énergie renouvelable.

Posté le 30-08-2018 à 14:26:07 par Philippe Schwoerer

@Eric

Ce qu’il faudrait savoir, et que l’article que vous citez ne dit pas, c’est ce que représente la production de cette centrale par rapport à la consommation de l’usine.

Pour l’usine de la BMW i3, l’intégralité des besoins est couvert par la production des éoliennes du site. Je mets juste un bémol, car je n’ai pas non plus l’info : est-ce que cette situation accompagne le développement du volume de production ?

Quelle voiture électrique est-elle produite dans l’usine de Sochaux ? Quelle Peugeot électrique est produite dans une usine entièrement alimentée en EnR ? Idem pour les autres marques de citadines électriques ?

Posté le 31-08-2018 à 08:54:57 par Tickist

Le départ de Nicolas Hulot n’est pas une bonne nouvelle pour l’écologie européenne. Qui pour le remplacer avec autant d’influence à ce niveau ?

Posté le 31-08-2018 à 08:23:34 par Christophe

Petite comparaison entre les deux cas :
- usine allemande : 4 éoliennes (http://www.blogbmw.fr/visite-de-lusine-de-leipzig-et-de-la-production-de-la-bmw-i3/) production annuelle 14 GWh au mini., emprise au sol proche de 0, 11 g CO2eq / kWh,
- usine française : 1,4 MWc soit production annuelle de 1,4 GWh au maxi. (dix fois moins), emprise au sol 9 300 m² (10 000 fois plus), 45 g CO2eq / kWh (4 fois plus).
Chacun pourra méditer sur la meilleure solution pour la production réseau. Chacun pourra aussi méditer sur le fait qu’avec une moyenne française inférieure à 80 g CO2eq/kWh, la seconde solution avec son intermittence journalière immuable impose des moyens de substitution qui feront augmenter la charge carbone du kWh français. On ne va pas démarrer des réacteurs nucléaires pour 2 h et donc les pics journaliers (eux aussi immuables) qui se situent en dehors des productions solaires seront bien assurés par des moyens ultracarbonés.
Pour une usine, les heures de travail correspondant aux heures de production des panneaux, ils ont un certain sens. En dehors des heures de fonctionnement de l’usine, il n’y a pas d’injection réseau de la production.

Pour une usine automobile, même si produisant des thermiques, cela fait baisser inévitablement le bilan carbone de fabrication des voitures, donc c’est bon à prendre et plus particulièrement pour des véhicules qui pourront être équipables de kits pour fonctionner avec des carburants renouvelables : bioGNV, bioGPL, E100 voire bioH2 pour la ville et essence de synthèse (par exemple produits par le constructeur lui-même avec sa production renouvelable d’électricité en dehors de ses heures de fonctionnement) et ce d’autant plus quand les véhicules fabriqués sont parmi les plus efficients. C’est en effet dommage que les seuls véhicules avec une empreinte carbone nulle que l’on puisse acheter sont des Lamborghini.

Les batteries utilisées par BMW dans ses voitures sont-elles fabriquées (cellules et assemblage du pack) dans cette usine ? Si non, l’usine de fabrication des cellules est-elle aussi "vertueuse" ?

D’ailleurs concernant cette vertu et le bilan carbone de fabrication des voitures, il serait intéressant de se poser la question des moyens de transport des salariés pour venir travailler. L’usine Peugeot de Sochaux est connue pour avoir mis en place de longue date un service de "ramassage" de ses salariés par bus. Ce qui réduit l’impact carbone de l’usine mais aussi limite le besoin en aires de stationnement. De plus le véhicule moyen français est une citadine (type 208) quand le véhicule moyen allemand est une compacte (type série 1).

Nota : l’entrée du parking où se situe l’ombrière est située à moins de 900 m de la gare de Montbéliard pour situer la position géographique de l’usine en plein coeur de l’agglomération de Montbéliard.

Posté le 31-08-2018 à 08:54:21 par Tum

Article Hulotphile peut être un poil exagéré... on a oublié d’y mentionner ses déplacements perso en hélico dans le Luberon... hélico pas électrique du tout !

Posté le 31-08-2018 à 09:55:59 par Vérité

@Tum
C’est interdit d’utiliser un hélicoptère ?
Si oui on doit interdire d’utiliser un avion aussi.
Pourquoi ne dites-vous rien sur les gens qui ont utilisé un avion pendant leurs vacances ?
1 h d’hélicoptère produit-elle plus de C02 que 10 000 km en avion ?
Si non, il faut bien blâmer tous les gens qui ont utilisé un avion sur plus de 10 000 km pour leurs vacances.

Posté le 31-08-2018 à 10:49:51 par Christophe

Malheureusement le formidable rapport de l’Ademe sur le facteur 4 semble avoir été éclipsé et c’est bien dommage.
A la place on a préféré développer des idéologies qui amènent à ce type de remarques. Idéologies qui ont éclipsées un certain nombre de choses.

@Tum
Si sur 5 ans, tous les ans j’atteins haut la main le facteur 4, est-ce blâmable si j’ai envie de me faire plaisir en faisant un tour d’hélicoptère pendant une heure et que malgré tout le facteur 4 reste atteint en moyenne sur les 5 ans.
Il a l’air d’être sympa le monde que vous nous proposez.

Posté le 31-08-2018 à 11:25:41 par electronlibre

C’est quand même plus facile d’être écolo quand on a des salaires qui permettent d’avoir 9 VP et de se balader en hélicoptère; un smicard ne peut pas, même après 40 ans de boulot.
Il est bien gentil Hulot, mais en acceptant le poste de ministre de l’écologie, il s’attendait à quoi? Le ministère de l’écologie à une belle façade, mais l’intérieur est vide...

Posté le 31-08-2018 à 11:48:24 par Christophe

https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/en.atm.co2e.pc
- faible revenu : 0,3 t CO2 / an.habitant (< facteur 4)
- revenu élevé : 10,7 t CO2 / an.habitant
Donc c’est plus facile de se dire écolo quand on a des salaires élevés mais c’est aussi ceux qui ont le plus de travail à faire pour avoir un impact sur la Terre acceptable.

Au passage on notera les valeurs suivantes (moyenne par pays) :
- Norvège : 9,3
- Allemagne : 8,9
- Royaume-Uni : 6,5
- France : 4,6
à mettre en perspective avec les discours d’exemples à suivre de certains.

Posté le 31-08-2018 à 19:26:25 par electronlibre

France : 4,6
Résultat certainement dût en grande partie à l’industrie de production d’énergie par fission nucléaire.
Mais les émissions de CO2 n’ont que peu d’importance voire aucune sur le système climatique. S’acharner à réduire le CO2, c’est comme mettre du mercurochrome sur une jambe de bois...
Si on regarde la production de déchets nucléaires radioactifs par habitant, la France est bien placée, malheureusement(et un rapport préconise la construction de 6 EPR à partir de 2025).

Posté le 01-09-2018 à 07:35:04 par Vérité

@electronlibre
Donc il est préférable de recharger sa voiture électrique au charbon ?
Mais l’exemple de la Pologne démontre bien que le charbon est une grosse source de pollution.
Pourtant l’Europe pousse vers le véhicule électrique pour des questions de CO2 et de pollution.
Qui croire ? Qui est compétent en la matière ?

Posté le 01-09-2018 à 12:20:49 par electronlibre

@Vérité
Pour la pollution au charbon, on a des solutions pour la diminuer, les déchets radioactifs c’est des milliers d’années(dizaines, centaines?)d’une pollution qui modifie(pas en bien) ou tue le vivant.
Donc oui au pire il est préférable de recharger un VE au "charbon".

L’UE pousse aussi à privatiser les services publiques, à détruire le droit du travail...

Posté le 02-09-2018 à 09:52:06 par PMC

Un rapport préconise la construction de 6 nouveaux réacteurs nucléaires en France. Est-ce la vraie raison du départ de Nicolas Hulot ?

Posté le 03-09-2018 à 15:45:13 par ZoéT

Dany le rouge a dit "non". Un autre électron libre qui ne serait pas resté.

Posté le 03-09-2018 à 17:10:31 par PMC

J’aurais bien voulu le voir à l’oeuvre comme ministre.



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